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La rue de Brocéliande

Borne 1

Autres enregistrements : version longue

Dans les années 1930 à 1960, la rue de Brocéliande était la rue principale de la commune. Elle était très animée avec ses nombreux commerces er artisans.

Au bout de la rue à gauche, là où commence la Cour Détoc, on pouvait apercevoir le grand jardin du Père Guyomard. Son jardin était doté d’un système d’arrosage perfectionné avec des vases communiquant (l’eau du puits en partie haute était pompée et remplissait trois citernes. Une serre, au nord, un peu enterrée abritait une profusion de plantes. Le Père Guymard vendait ses plantes et ses légumes sur place, mais aussi sur le marché de Plélan. Son commerce s’est arrêté en 1948.

En allant de chez le Père Guyomard vers le cimetière, sur la gauche, on ne pouvait ignorer le garage de Jérôme Gesvret. Tout le canton le connaissait. Le garage était tout le temps ouvert et le promeneur pouvait l’entendre s’esclaffer "mon vieux machin !" en passant devant son atelier. C’était un très bon mécanicien qui se tenait au courant des dernières inventions.
Sa femme s’occupait de la vente et de la réparation des vélos. Le garage sera, par la suite, repris par son gendre et le magasin par sa fille.

En continuant vers le cimetière, devant la maison en pierre au 9 rue de Brocéliande, on peut voir une trappe. C’est par ce passage que Camille, le cordonnier, passait les fûts sur des poulains (madriers en bois avec peu de barreaux). Jusqu’en 1962, les cafés servaient du cidre à la pompe. Pour aller voir Camille dans son atelier, il fallait prendre le petit chemin ou traverser le café que tenait sa femme.
Dans les années 1930 à 1960, on n’employait pas le mot "bar". Les gens employaient le mot "café".

Dans la maison juste avant le petit chemin, Auguste Laperche vous accueillait dans son atelier pour vous confectionner un costume. Il avait travaillé pendant des années à Paris et avait une très bonne réputation. Il ne faisait que des habits pour homme. Il fermera son atelier dans les années 1956-1957.

Le petit chemin était propice aux bêtises. Les enfants allaient sonner à la porte de Maître Simonneaux, le notaire, qui habitait cette grande maison et allaient se cacher à l’ombre du petit chemin. A l’époque, le petit chemin permettait d’aller de la rue de Brocéliande à la rue de Haute Bretagne en face de la coiffeuse. Aujourd’hui, les deux parties du chemin ne communiquent plus, car, au niveau de l’angle du chemin la propriété est privée.

Passons le chemin, et attardons-nous devant cette grande bâtisse dont nous avons déjà parlée. Cette maison appartenait à Maître Jean Simonneaux. Les notaires, à l’époque, habitaient souvent près de l’église. Les gens qui habitaient dans la campagne treffendelloise profitaient de leur déplacement pour aller à la messe pour passer chez le notaire.

Maintenant, traversons la rue pour l’arpenter de nouveau du côté droit en allant vers l’église.

Des bâtiments longent la place de l’église. La maison qui fait l’angle abritait le café des Béguinel. Lucien Béguinel était menuisier.
Il y avait trois menuisiers à l’époque, mais il y avait assez de travail pour tout le monde ! Selon les saisons, les travaux étaient différents. En hiver, les menuisiers s’occupaient des fûts (confection et réparation). Leur travail relevait, alors, plutôt du tonnelier. Comme les mariages avaient, souvent, lieu autour de la Saint Michel, les menuisiers avaient des commandes e meubles pour la fin septembre. Pourquoi les gens se mariaient plus à la Saint Michel ? Parce que c’était la période des fermages. Les enfants prenaient la succession des parents.
Le bois était débité à la scierie Pommier (rue de Haute Bretagne). il était trié suivant ses essences pour sélectionner sa destination (meubles ou autres). Le séchoir est encore visible quand on va vers la gare par la rue de Haute Bretagne. Dans le séchoir, on stockait le bois pour qu’il sèche. On y brûlait la sciure pour se débarrasser des excès et pour chauffer le séchoir.
La menuiserie et le café fermeront au début des années 1970.

La maison qui suit celle des Béguinel appartenait à Albert Rault qui tenait un bureau de tabac. Il y vendait, également, des timbres fiscaux et tenait la régie (les agriculteurs venaient,déclarer combien ils livraient de blé).
Il délivrait, également, les droits de brûler. Pour obtenir ce droit, il fallait posséder des pommiers. Le bouilleur de cru (celui qui venait distiller l’alcool pour faire de l’Alambique) s’installait dans la rue des deux Fontaines dans laquelle on peut encore voir les deux anciennes fontaines, car il fallait un point d’eau. Quand on dépassait la limite (1000 degrés), les bouteilles étaient cachées dans les herbes hautes et les fougères à côté des fontaines souvent le matin. Quand les personnes repassaient les chercher souvent très alcoolisées, elles ne savaient plus où elles étaient. Les bouteilles oubliées étaient parfois cassées lors des débroussaillages.

La maison suivante était celle de Joseph Méhault. Celui-ci était maçon ou tailler de pierre. et tenait un café. Son ciment était déposé dans le garage en face à côté de la maison du notaire. Les pierres venaient de la carrière qui était route du Serein ou du Pont Muzart. Parfois, elles étaient récoltées dans les champs.
Joseph Méhault cessera son activité entre 1950 et 1960.

Le dimanche matin, un autre petit commerce s’installait dans ce garage : Emmanuel Frain de Plélan-le-Grand venait vendre des brioches et des gâteaux.

Joseph Lefeuvre habitait dans la maison suivante. Il était bourrelier (il travaillait la bourre et le cuir afin de réaliser des pièces d’attelage pour le travail des chevaux). Sa femme, Eugénie née Soufflet, tenait la quincaillerie et vendait des graines. On pouvait, égalment, l’entendre jouer de l’harmonium à l’église.
La boutique a fermé en 1960.

A côté des Lefeuvre, Marie Berthelot tenait une épicerie. Son échoppe était particulière : à gauche, en entrant, la balance traditionnelle trônait sur le comptoir derrière les demies barriques contenant du gros sel ou des harengs. Elle vendait aussi du pétrole pour les lampes stocké dans des bidons carrés. A droite et c’est là la singularité du lieu, était installé un deuxième comptoir très large pour découper du tissu et dessiner des patrons. Car Marie Berthelot était, également, couturière. Des rouleaux de tissus ornaient les étagères contre le mur de droite. Si les hommes faisaient faire leur costume chez M. Laperche, Marie Berthelot confectionnait les robes de mariées. Toujours surchargée de travail, elle travaillait jusque tard dans la nuit. Sa soeur venait l’aider après son travail. Elle s’occupait de la confection des chapeaux. Son neveu venait servir les clients de l’épicerie après la messe du matin et après la grand-messe.
Son commerce sera fermé dans les années 1970.

Nous sommes arrivés devant l’actuelle médiathèque. A l’époque, le restaurant Fourel qui faisait, également, café était très fréquenté. L’excellente cuisine de Mme Fourel pouvait se savourer lors de la fête des classes, de repas de mariage, de baptême, de repas des chasseurs, etc.
Marcel Fourel était boucher. Son abattoir était au fond de la cour. Avant d’être boucher, il était marchand de bêtes. C’est ainsi qu’il a rencontré sa femme.
C’était le premier bar à la sortie de la messe. A l’époque, les femmes étaient installées dans une salle à part des hommes qui se faisaient servir des alcools plus forts.
La boucherie-restaurant a fermé en 1978. Par la suite, le bâtiment accueillera un café, puis un café-épicerie. Le bâtiment deviendra communal pour abriter la médiathèque actuelle en 2012.

Après la médiathèque, une deuxième épicerie était tenue par .

A la fin des années 1970, il ne restait plus que peu de commerces dans la rue de Brocéliande. Les voitures permettaient aux habitants d’aller facilement à Plélan-le-Grand ou même à Rennes.
Un changement important de la vie du bourg de Treffendel débuta.